Luc de Brabandere
Philosophe d’entreprise

Luc de Brabandere est diplômé de l’UCL en mathématiques et en philosophie. Spécialiste des sciences cognitives et Fellow du BCG Henderson Institute, il aide les dirigeants à penser leur stratégie. Il a fondé l’agence de communication Cartoonbase où artistes et consultants travaillent ensemble. Il enseigne dans différentes universités et est administrateur de WBE (Wallonie-Bruxelles-Enseignement).


Éducation

À 20 ans Luc de Brabandere entreprend des études de Mathématiques appliquées à l’Université catholique de Louvain. Il en est diplômé en 1971. En 2002, il obtient une licence en Philosophie dans la même université.


Parcours professionnel

Les débuts dans le secteur bancaire

Luc de Brabandere commence sa carrière à la Société Générale de Banque, en 1974, en tant que responsable des systèmes d’information. Il y est employé jusqu’en 1989. À 41 ans, il est nommé directeur général de la Bourse de Bruxelles par le ministre des Finances chargé de la réforme du marché des capitaux. Il quitte son poste en 1991 et se lance dans le conseil en entreprise. Ingénieur en mathématiques de formation et passionné de prospective, il publia en 1985 son premier livre intitulé Les Infoducs. Il y envisageait déjà la convergence des réseaux de télécommunication et l’avènement d’Internet. En 1989 il consacra son deuxième livre, « Le Latéroscope », à son autre passion : la créativité. Joël de Rosnay en écrivit la préface.

Une période de transition

Entre 1997 et 1999, Luc de Brabandere préside l’Institut géographique national de Belgique. En 2001, il rejoint le Boston Consulting Group en tant que vice-président et spécialiste de la gestion du changement dans les organisations. Il y est responsable du développement de la créativité, en lien avec la stratégie. Luc de Brabandere est aujourd’hui Fellow du groupe.

Parallèlement, il crée, avec Olivier Saive, la société Cartoonbase une agence de communication où les artistes et les consultants travaillent ensemble pour simplifier des sujets complexes des entreprises à l’aide de dessins. Passionné de philosophie, il reprend des études en la matière à l’Université catholique de Louvain, en 1994.

La philosophie en entreprise

Luc de Brabandere souhaite vulgariser l’apport de la philosophie dans des domaines variés, allant du langage à la logique, des biais cognitifs à l’humour. Dans une quinzaine de livres publiés sur ces sujets, il témoigne d’un même projet : celui de la rigueur intellectuelle quand il n’y a pas de chiffres. Selon Luc de Brabandere, l’entreprise a du mal à raisonner sans l’appui des chiffres. La philosophie devient alors un outil de la rigueur, et l’usage précis des mots, nécessaire, car le langage structure la pensée. Il collabore régulièrement avec des grandes entreprises ou organisations internationales. Il assiste les équipes de direction pour les aider à imaginer des scénarios de rupture, clarifier leur vision ou travailler leur communication.

La philosophie enseignée aux étudiants

Luc de Brabandere enseigne la philosophie à l’Université catholique de Louvain, à la Solvay Business School of Economics and management et à l’École centrale Paris. Il collabore avec l’ETH Zurich dans différents projets. Pour lui, la nouvelle génération est une « source d’énergie ». Comme c’est le cas avec les entreprises, le philosophe s’attelle à transmettre ses connaissances et son approche de la créativité aux étudiants. Autre approche de la transmission : il a longtemps collectionné les machines à calculer avant de léguer sa collection à deux entités : le Musée L de Louvain-la-Neuve et le Planétarium de Bruxelles.


Philosophie

La créativité pour moteur

Pour Luc de Brabandere, « c’est la créativité qui permet à une entreprise d’initier le changement plutôt que de le subir. Alors que l’expression utilisée est de « penser en dehors du cadre », le philosophe affirme qu’il nous est impossible de penser sans un cadre bien défini. Être créatif c’est se demander quelle est la nouvelle boîte. Car l’ancienne – comme toute simplification – s’use, malgré toutes les innovations qu’elle a permis de déduire.

La philosophie à l’école

Luc de Brabandere plaide pour l’intégration de la philosophie dans l’enseignement secondaire. Elle permet, selon lui, d’apprendre à penser, et donc de combattre le populisme. Une idée qu’il plébiscite également dans le cadre de sa fonction d’administrateur du WBE (Wallonie-Bruxelles Enseignement), poste auquel l’a nommé le parti Ecolo, en juillet 201914.

L’écologie et l’économie

Luc de Brabandere est le premier en Belgique à installer une éolienne à son domicile16, en 1977. En mai 2019, il rejoint la liste européenne d’Ecolo où il figure comme 4e suppléant. Luc de Brabandere défend une approche de l’écologie qui tend à la réconcilier avec l’économie. Il est notamment en faveur de l’instauration d’un Prix Nobel de l’Écologie. Plutôt que de parler de « fiscalité verte », il préfère développer les principes d’une « comptabilité verte » pour organiser la liberté d’entreprendre en respectant les limites de l’écosystème.

L’humanisme numérique

Luc de Brabandere invite à réinventer l’humanisme et ses valeurs dans un monde devenu digital. Il invite à réinventer les métiers essentiels dans un monde devenu numérique, plutôt que de tenter de les numériser : « L’intelligence dite artificielle peut remplacer l’intelligence logique, déductive, mathématique. Mais je ne peux pas croire à une intelligence artificielle qui englobe toutes les formes de raisonnement (…). En réalité, si un jour, l’intelligence artificielle devait exister, c’est parce que nous aurions renoncé à utiliser la nôtre. » « Le refus philosophique de déléguer 100 % de ce qui fait notre humanité à un ordinateur devra guider l’homme dans la transformation digitale. »

La pensée critique

Les modélisations du cerveau sont toujours organisées autour de deux pôles, la logique et la créativité (cerveau gauche, cerveau droit). C’est utile mais cela donne l’impression que la pensée est un effort essentiellement individuel, assez peu dépendant d’un contexte. Les idées que nous élaborons sont destinées à être un jour ou l’autre présentées exposées, défendues, communiquées, négociées, voire même vendues à des tiers, qui ont des idées différentes. Il nous faut alors bien parler mais aussi savoir écouter, expliquer mais aussi comprendre le point de vue de l’autre, le convaincre ou le persuader, mais aussi détecter ses arguments et décoder ses intentions. Il nous faut entrer dans le troisième mode de la pensée, celui qui prime dans le contexte d’une discussion. L’argumentation en est le véhicule principal, elle est au cœur de la pensée critique qui s’articule en aval des pensée logique et créative.